Réalisation d’un écran anti-bruit en bois en 2010.
Cette page est destinée à faire partager mon expérience avec ceux qui se
posent des questions sur l’efficacité d’un mur anti-bruit et sur son éventuelle
réalisation.
Pendant 15 ans, ma propriété était bordée côté ouest par
un champ, et j’avais mis en place avec
bonheur une haie d’éléagnus (magnifique et jamais malade) de 2 m de haut
afin de me protéger du vent et des regards. Le seul inconvénient était une
taille deux fois par an ….
Hélas en 2009, l’urbanisation croissante de la commune a
entraîné la réalisation dans ce champ de maisons accolées dites « de
ville », créant une sorte de « barre » à 5 m de ma limite de
propriété. Si la haie d’éléagnus jouait toujours son rôle d’écran visuel, il
n’en était pas de même au niveau sonore, les bruits des voisins étant même
« amplifiés » par réflexion sur leur mur, et intégralement renvoyés
vers chez moi…y compris leurs bruits « intérieurs » lorsque leurs fenêtres
étaient ouvertes.. Il y avait urgence à faire quelque chose si je voulais
encore profiter de mon jardin.
Pour éviter tout problème avec le propriétaire des
logements (Sté immobilière), j’ai opté pour la réalisation d’un écran anti
bruit, réalisé à l’intérieur de ma propriété (donc non séparatif) et préservant
la haie et la clôture existante. Je souhaitais aussi pouvoir éventuellement
démonter tout ou partie de cet écran pour pouvoir, le cas échéant continuer à
accéder à la haie. La nature du bruit (voisinage et pas circulation),
impliquait la réalisation d’un écran absorbant et non réfléchissant. La
sensibilité au vent n’est pas un problème important car le « mur » de
maisons (11 m au faite du toit) protège très efficacement des vents dominants,
et seul le côté « jardin » a une importance esthétique, l’autre côté
étant appliqué contre la haie.
Après examen des solutions « en kit » du
commerce (prix rédhibitoire…), j’ai décidé de réaliser le travail moi-même, à
savoir la réalisation de 15 panneaux posés entre des poteaux 9x9 en bois
scellés dans du béton et solidarisés entre eux par un solin en béton armé de
15/20 cm de haut afin d’assurer la mise à niveau tout en évitant le contact du
bois des panneaux avec le sol. Le bois utilisé est du pin, commandé et traité
sur mesure (cl 4 sauf le bardage cl3), chez un fournisseur.
1.
PLANS


Les panneaux sont constitués d’un cadre en 25*75
délimitant 3 caissons remplis de panneaux semi-rigide en laine de roche (alpha
rock 60) de 60 mm d’épaisseur. La paroi extérieure (côté jardin) est
entièrement faite en bardage emboités de 22 mm d’épaisseur. La paroi côté haie
est constituée d’un bardage à claire-voie en planches de pin de 10*100 en sus
d’une protection des panneaux de laine de roche contre l’humidité par un écran
pare-pluie (delta-vent) imperméable à l’eau, mais respirant pour évacuer
l’humidité éventuelle qui entrerait dans la laine de roche. Je n’ai pas pris un
film spécial anti-UV, car protégé par la haie, ce côté du mur ne voit quasiment
pas le soleil. Chaque panneau est surmonté d’une couvertine réalisée avec un ½
rond de 120 mm assurant à la fois protection de la tranche des panneaux et
diffraction supplémentaire des bruits. Les assemblages sont réalisés avec des
clous (inox pour le bardage). Chaque panneau pèse environ 80 kg, il est posé
sur le solin, le bardage venant en appui sur les 2 poteaux qui l’entourent.
Leur fixation est assurée par un couvre-joint (15*50) fixé par 4 vis (inox) sur
chaque poteau. Tout le bois étant déjà traité cl3 et 4, aucun produit extérieur
n’a été appliqué. L’ensemble sera laissé brut. Il va foncer, puis griser, mais
je compte planter de la vigne vierge pour assurer une couverture plus agréable
visuellement.
1.
EFFICACITE
Le bruit extérieur est donc d’abord diffracté par le
bardage claire-voie, puis noyé dans les 60 mm de laine de roche dont la haute
densité (70 kg/m3) assure une excellente absorption acoustique et une bonne
tenue dans le temps. Il reste un espace de 10 mm de vide et enfin 22 mm de bois
plein du bardage extérieur… Cette accumulation d’effets masse-ressort-masse
piège quasiment tous les bruits, d’autant mieux qu’ils sont émis à proximité
(ce qui est le cas ici). Evidemment il en passe un peu au-dessus, mais la
hauteur totale (2.35m) assure une protection très suffisante dans le contexte.
En pratique, dans le jardin, tous les bruits de
conversation et domestiques ont totalement disparus. Il faut monter en hauteur
(au 1er étage de la maison) pour les percevoir à nouveau, preuve de
l’efficacité. Bien sûr, les cris et rassemblement de personnes bruyantes à
l’extérieur restent audibles, mais pas davantage, voire moins que celui de mes
autres voisins distants de 30 à 50 m. Globalement, l’efficacité est très bonne
parce que la conception et les matériaux utilisés sont adaptés à la configuration
des lieux (proximité de la source) et à l’origine (fréquence) des bruits. Pour
des bruits de type « routier », il aurait sans doute fallu remplacer
la claire-voie par un bardage plein avec des chicanes pour renvoyer une partie
des bruits, et adapter la hauteur du mur (ici 2.35m) à la distance des bruits
(plus ils sont loin, plus le mur doit être haut). Et surtout, bien étudier les
phénomènes de réflexion des ondes sur les différents obstacles afin de ne pas
avoir d’angles morts sans protection.
En sus du calme, j’ai gagné l’économie de la taille de la
haie (je n’aurai plus qu’à l’étêter)…
2.
OUTILLAGE
& COUT

Rien d’extraordinaire, mais il faut quand même un
minimum…. Pour le bois, en sus d’une table de découpe + scie circulaire que
j’avais déjà, j’ai acheté une scie à onglet à guidage laser (139 € chez bric
dep). Pour faire les trous , ne trouvant rien à louer de satisfaisant, j’ai
acheté sur e-bay une tarière thermique neuve de 200 mm pour 200€. Cet outil est
indispensable pour faire des trous biens calibrés à cette profondeur et éviter
un gaspillage de béton coûteux.

Le coût
global (valeur 06/2010) est de 4.000 euros dont 500 euros
d’outillage, 350 euros pour le béton, 3.000 euros pour le bois et l’isolant,
150 euros en fournitures diverses (clous etc). Les différents devis de panneaux
préfabriqués équivalents se montaient entre 8 et 10.000 euros…. Sans la pose,
les trous et le béton…
3.
DIFFICULTES
DE REALISATION
L’ensemble du chantier m’aura pris environ 3 semaines à
plein temps, la plupart du temps seul puisque je n’ai eu d’aide que pour la
pose des poteaux (1 journée) et le coulage des solins en béton (1 journée). Il
m’a aussi fallu une aide pour la mise en place des panneaux vu leur poids (80
kg) (10 mn par panneau).
Le plus dur est la pose des poteaux. La réalisation de
trous de 70 cm bien alignés avec un bon entraxe est difficile, voire impossible
sans tarière. Au moment du scellement, l’alignement des poteaux et leur
verticalité est également délicate : ils font 3 m de haut et sont lourds
donc il faut les caler parfaitement (étais) avant de couler le béton car
ensuite, dès la première pelletée de béton, on ne peut plus effectuer de
réglage. L’alignement en hauteur n’est pas nécessaire, il est réalisé à
postériori à la tronçonneuse, une fois tous les panneaux montés. Les poteaux
9*9 ne sont pas toujours parfaitement droits… heureusement, c’est du bois,
c’est souple et à la pose on peut forcer dessus sans trop de difficultés pour
faire entrer les panneaux dans les espaces.
Le coulage des solins est également délicat. Ils doivent
être parfaitement horizontaux pour que l’équerrage des panneaux soit
respecté : il n’y a qu’un jeu de 1 cm entre la dimension des panneaux et
l’écart entre 2 poteaux. La pose des banches est donc très minutieuse sur une
longueur de 30 m… il faut bien les huiler pour faciliter le décoffrage et bien
tasser le béton lors du coulage afin d’avoir une aspect extérieur lisse. Et
puis le béton, c’est lourd, à manier et à faire (même avec une bétonnière).
Pas de difficultés majeures pour la partie bois avec
l’outillage utilisé. Seule difficulté incontournable, l’alignement imparfait
des planches de bardage sur les différents panneaux. Chacun est constitué du
même nombre de clins, mais il est impossible de les serrer tous de façon
identique (certains clins sont un peu vrillés). Mais une fois posés les joints
verticaux entre plaques, cela se remarque beaucoup moins, et cela ne se verra
plus du tout une fois couvert de vigne vierge. Il faut aussi savoir planter des
clous !!!!! près de 3.000 en tout !
4.
PHOTOS

La haie avant voisins… et travaux

La haie a été préalablement désépaissie de moitié, et les trous ont été
fait avec une tarière thermique diamètre 20 cm. Les poteaux sont espacés de 2m,
plantés à 65 cm en moyenne et noyés dans le béton. Le pied est protégé par un
enduit bitumeux. Le solin en béton armé (fer diam 6) a été ensuite coulé entre
les poteaux en utilisant des planches de coffrage mises à niveau.

Fabrication du cadre au sol avec équerrage
provisoire

Retournement du cadre, puis agrafage du film pare pluie

Pose du bardage arrière à claire-voie

Retournement des panneaux, enlèvement des équerres provisoires et pose des
panneaux de laine de roche. L’ensemble est ensuite recouvert du bardage à
emboîtement cloué inox (face jardin).

Vue d’ensemble après pose des panneaux

Vue Nord Ouest.. Noter le panneau en retour au long du garage afin
d’empêcher les bruits de contourner l’écran.

Noter la finition : poteaux couverts d’un chapeau galva, joints de
panneaux biseautés, couvertine en ½ rond. Toutes les coupes doivent être
retraitées (pinceau) au produit anti
fongique insecticide.

Vue arrière, côté claire-voie. A terme la haie va repousser un peu côté mur
et le protéger davantage de la pluie, des UV et du vent.